Énergie d'impulsion : pourquoi les millijoules comptent autant que les watts
La puissance moyenne en watts dit à quelle vitesse un laser délivre de l'énergie. L'énergie par impulsion, en millijoules, dit combien chaque tir en transporte. Deux nettoyeurs de 300 W peuvent afficher 5 ou 15 mJ max par impulsion, et aucune des deux valeurs ne suffit seule.
Sur une fiche de nettoyeur laser pulsé, une ligne passe presque toujours inaperçue : l'énergie par impulsion, exprimée en millijoules. Elle est coincée entre la puissance, que tout le monde regarde, et la fréquence, que personne ne sait interpréter.
Pourtant cette ligne décide de ce qu'un tir peut retirer. Et elle réserve une surprise : deux machines annonçant la même puissance moyenne peuvent y afficher des valeurs séparées d'un facteur trois.
Ce guide explique ce que mesure cette ligne, comment on la calcule, ce qu'elle permet de conclure et surtout ce qu'elle ne permet pas. Pour le panorama complet des réglages et de leurs interactions, le guide sur les paramètres d'un nettoyeur laser reste la référence ; et pour situer les familles de machines, celui sur les technologies de nettoyage laser.
Pourquoi cette ligne de fiche technique mérite un guide
Le sujet a une particularité : il est bien traité, mais jamais là où l'acheteur en a besoin.
Cherchez « énergie d'impulsion laser » en français et vous tombez sur des opticiens, des fabricants d'instruments de mesure et des laboratoires de physique. Des sources sérieuses, qui expliquent correctement la notion pour le marquage, la découpe ou la recherche. Aucune ne parle de nettoyage industriel.
Cherchez maintenant « mJ laser nettoyage » et le décor change du tout au tout. Vous arrivez sur des fiches de machines qui affichent des millijoules partout, et sur des comparatifs qui opposent explicitement des appareils annoncés à la même puissance moyenne mais à des énergies par impulsion très différentes. Ces valeurs-là ne sont pas vérifiables et ne seront pas reprises ici ; ce qui compte, c'est qu'elles circulent déjà.
Autrement dit, la décorrélation entre watts et millijoules n'est pas une subtilité de laboratoire. Elle est déjà sous les yeux de celui qui compare deux devis. Ce qui manque, c'est le mode d'emploi.
Qu'est-ce que l'énergie d'une impulsion ?
L'énergie d'une impulsion est la quantité d'énergie transportée par un seul tir, exprimée en millijoules. Un millijoule vaut un millième de joule. Elle ne dit ni combien de tirs par seconde, ni sur quelle surface cette énergie arrive.
Pourquoi le millijoule, et pas le joule
Un millijoule paraît dérisoire. C'est l'ordre de grandeur de l'énergie qu'il faut pour soulever un trombone de quelques centimètres.
Ce qui change tout, c'est la concentration. Cette même quantité déposée en quelques dizaines de nanosecondes, sur une tache de quelques dizaines de micromètres, produit localement des conditions sans rapport avec l'intuition quotidienne. L'énergie n'est pas impressionnante ; sa densité dans le temps et dans l'espace l'est.
C'est aussi pourquoi le millijoule est l'unité pratique du secteur. Les sources de nettoyage industriel travaillent entre une fraction de millijoule et quelques dizaines de millijoules. Le joule serait une unité trop grande, le microjoule trop petite.
Élargir le regard aide à situer cet ordre de grandeur. Les lasers déclenchés produisent des impulsions allant du microjoule à plusieurs joules, tandis que les lasers à blocage de modes descendent au picojoule ou au nanojoule, en raison de leurs très hautes fréquences de répétition et parfois d'effets optiques non linéaires dans la cavité, qui limitent l'énergie.[1] Le nettoyage industriel occupe donc une position intermédiaire, et cette position n'a rien d'un hasard : elle résulte d'un compromis entre l'énergie qu'il faut pour retirer une couche et la cadence qu'il faut pour couvrir une surface.
Watts et millijoules ne mesurent pas la même chose
Le watt mesure une puissance, c'est-à-dire un débit d'énergie : un watt vaut un joule par seconde. Le millijoule mesure une quantité d'énergie, sans notion de durée. Comparer les deux revient à comparer un débit et un volume.
L'analogie du robinet aide, à condition de ne pas la pousser trop loin. La puissance moyenne, c'est le débit du robinet sur la durée. L'énergie par impulsion, c'est le volume de chaque seau. Un robinet peut remplir beaucoup de petits seaux ou peu de grands seaux, pour le même débit total.
Et c'est là que la comparaison s'arrête, parce qu'un seau d'eau se comporte de la même façon quelle que soit sa taille, alors qu'une impulsion laser, non. Une impulsion de 15 mJ n'agit pas comme trois impulsions de 5 mJ : elle dépose son énergie d'un coup, au même endroit, en une seule fois.
Le dimensionnement d'une machine par sa puissance reste un sujet à part entière, traité dans le guide quelle puissance choisir. Ce que la puissance ne dit pas, c'est la suite.
Comment calculer l'énergie d'une impulsion
L'énergie moyenne par impulsion s'obtient en divisant la puissance moyenne par la fréquence de répétition.[1]
Le contrôle d'unités se fait de tête. Un watt vaut un joule par seconde, un hertz vaut une impulsion par seconde. Diviser l'un par l'autre donne bien des joules par impulsion.
Exemple de calcul. Une source de 300 W fonctionnant à 60 kHz délivre en moyenne 300 divisé par 60 000, soit 0,005 J, c'est-à-dire 5 mJ par impulsion. Hypothèses : puissance moyenne effectivement à 300 W à ce réglage, émission entre impulsions négligeable.
Cette dernière hypothèse mérite d'être énoncée, parce qu'elle est presque toujours passée sous silence. Ce calcul n'est valable que si l'énergie émise entre les impulsions est négligeable. C'est l'hypothèse retenue ici pour les sources pulsées de nettoyage ; les fiches consultées ne la documentent pas. Sur d'autres types de sources, comme certains lasers à blocage de modes, une émission de fond de faible niveau peut peser nettement dans la puissance moyenne sans apparaître dans les impulsions.[1]
Il faut surtout retenir ce que cette relation est : une contrainte arithmétique entre trois grandeurs liées. Elle ne décrit pas le comportement d'une source réelle quand on tourne un bouton, et elle ne dit rien de l'énergie maximale que la source peut produire.
Énergie maximale et énergie à un point de fonctionnement
C'est la distinction la plus mal comprise du sujet, et la plus utile.
Quand une fiche annonce « 300 W » et « 5 mJ », elle énonce deux plafonds distincts. Elle n'annonce pas un couple disponible en permanence. Les deux ne peuvent d'ailleurs pas être atteints à n'importe quelle fréquence, et l'arithmétique suffit à le montrer.
Exemple de calcul. Si la puissance moyenne plafonne à 300 W, des impulsions de 5 mJ ne peuvent pas être délivrées au-delà de 60 kHz, puisque 5 mJ à 60 kHz représentent déjà 300 W. À 100 kHz, l'énergie par impulsion ne peut pas dépasser 3 mJ. À 1 000 kHz, elle plafonne à 0,3 mJ. Ces valeurs sont des maxima arithmétiques calculés à puissance moyenne plafonnée. Ce ne sont pas des réglages recommandés, et elles ne décrivent pas la courbe réelle d'une source donnée.
Une source a d'ailleurs aussi un plancher de fréquence, pas seulement un plafond. Les sources de nettoyage évoquées plus loin descendent à 1 kHz. En dessous, la source ne fonctionne simplement pas dans les conditions prévues. Ce plancher compte autant que le reste : c'est lui qui borne, en pratique, l'énergie maximale accessible, puisqu'on ne peut pas descendre indéfiniment en fréquence pour monter en énergie.
Le principe général est simple : à puissance moyenne donnée, une fréquence plus basse laisse davantage d'énergie à chaque impulsion. Une architecture où l'oscillateur et l'amplification sont séparés permet de régler indépendamment la largeur et la fréquence des impulsions[2], sujet traité dans le guide consacré au laser MOPA.
La conséquence pratique tient en une phrase : une valeur en millijoules sans la fréquence à laquelle elle est atteinte est une information incomplète.
Pourquoi deux nettoyeurs de 300 W peuvent être très différents
Voici le cas qui justifie ce guide, et il vient du catalogue Alpina Laser.
Deux machines pulsées annoncées à 300 W. Toutes deux utilisent une source fibre JPT à architecture MOPA, à 1064 nm. Toutes deux annoncent une fréquence de répétition réglable de 1 à 3 000 kHz et une largeur d'impulsion réglable de 13 à 500 ns. Sur ces lignes-là, les deux fiches concordent.[2]
Pas sur l'énergie. Le nettoyeur dédié annonce une énergie maximale par impulsion de 5 mJ.[3] La machine multifonction, qui nettoie, marque et découpe, annonce 15 mJ.[4] La fiche de la source indique aussi une qualité de faisceau différente pour ces deux variantes.[2]
Trois fois l'énergie maximale spécifiée, pour une même puissance moyenne nominale. Le principe tient en une phrase : à puissance moyenne nominale identique, l'énergie maximale par impulsion peut différer selon la source. Le chiffre en watts ne permet donc pas de déduire cette valeur.
Deux précautions s'imposent ici, et elles comptent autant que le constat lui-même.
La première : ces 5 et 15 mJ sont des maximums annoncés par le fabricant de la source, pas deux mesures effectuées au même point de fonctionnement. Rien n'indique qu'ils soient atteints à la même fréquence, ni à la même durée d'impulsion, ni pour un réglage utilisateur comparable. Aucune courbe reliant la puissance disponible à la fréquence n'est publiée pour ces sources.
La seconde : la concordance des autres lignes ne prouve pas que tout le reste soit identique. Deux fiches peuvent annoncer les mêmes plages sans que les sources se comportent de façon identique à l'intérieur de ces plages. Ce que le rapprochement établit est plus modeste, et suffisant pour le propos : la puissance moyenne ne suffit pas à déduire l'énergie maximale par impulsion.
Si vous cherchiez une raison de ne pas s'arrêter au chiffre en watts, la voici. Deux fiches affichant « 300 W » en gros caractères annoncent des spécifications par impulsion très différentes.
Un mot sur ce que cet écart ne prouve pas, parce que la tentation est immédiate. Il ne signifie pas que la machine à 15 mJ nettoie mieux, plus vite, ou qu'elle chauffe davantage. Aucun essai comparatif sur pièce identique ne vient étayer ce genre d'affirmation, et la suite de ce guide explique pourquoi elle serait de toute façon abusive.
Le catalogue offre d'ailleurs le contre-exemple symétrique. Il existe deux configurations distinctes de 500 W pulsé, l'une en valise et l'autre en version PRO. Elles partagent la même puissance moyenne et la même énergie maximale par impulsion, 15 mJ. Et ce sont pourtant deux machines différentes : sources, têtes, systèmes de contrôle, encombrements n'ont rien de commun. Les watts ne suffisent pas ; les millijoules non plus.
Ce que les millijoules ne disent pas
Une énergie par impulsion, seule, laisse deux inconnues majeures.
La puissance crête, qui dépend de la durée
La puissance crête est la puissance instantanée atteinte au sommet de l'impulsion. On l'estime en divisant l'énergie par la durée, en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une approximation dont le facteur exact dépend de la forme temporelle de l'impulsion.[5]
Exemple de calcul. Une impulsion de 5 mJ étalée sur 13 ns correspond à une puissance crête de l'ordre de 385 kW. Les mêmes 5 mJ étalés sur 500 ns tombent à environ 10 kW. Facteur de forme pris égal à 1 ; ordres de grandeur, pas mesures.
Même énergie, rapport d'environ 38 sur la puissance instantanée. Une valeur en millijoules ne permet donc pas de déduire l'intensité du pic, et deux sources annonçant la même énergie peuvent se comporter très différemment si leurs plages de durée diffèrent.
La fluence, qui dépend du spot
La fluence est l'énergie rapportée à la surface éclairée. Elle vaut l'énergie divisée par l'aire de la tache, et l'aire d'un disque varie comme le carré de son diamètre.[6]
Conséquence purement géométrique : à énergie constante, doubler le diamètre du spot divise la fluence par quatre. Les seuils d'endommagement s'expriment d'ailleurs le plus souvent en fluence, et non en énergie brute, même si leur valeur dépend aussi de la durée d'impulsion.[6] C'est donc la fluence qu'il faut rapprocher du seuil à partir duquel la couche part. La notion est développée dans le guide sur le seuil d'ablation.
Or aucun des documents machine que nous avons consultés ne publie de diamètre de spot focalisé. Une valeur en millijoules, prise seule, ne permet donc pas de prédire ce qui se passe réellement sur la pièce.
| Grandeur | Unité | Ce qu'elle mesure | Ce qu'elle ne dit pas |
|---|---|---|---|
| Puissance moyenne | W | l'énergie délivrée par seconde | ce que contient chaque impulsion |
| Énergie par impulsion | mJ | l'énergie d'un seul tir | ni la durée, ni la surface, ni le rythme |
| Fréquence de répétition | kHz | le nombre de tirs par seconde | ce que vaut chaque tir |
| Largeur d'impulsion | ns | la durée de dépôt de l'énergie | la quantité déposée |
| Puissance crête | kW | l'intensité au sommet de l'impulsion | l'énergie totale du tir |
| Fluence | J/cm² | l'énergie reçue par unité de surface | à quel rythme elle est reçue |
Plus de millijoules améliore-t-il le nettoyage ?
Non. Et deux études indépendantes montrent pourquoi, chacune avec sa fenêtre utile.
Première étude, publiée en 2025 (étude A) : décapage de peinture sur peau d'avion, à 1064 nm, avec un faisceau de 4,5 mm de diamètre, à 200 Hz et des impulsions de 15 ns.[7] L'énergie par impulsion varie de 5 à 25 mJ. À 10 mJ, le seuil de nettoyage de la couche de peinture est atteint. À 20 mJ, la couche part entièrement sans dommage observable. À 25 mJ, des dommages ponctuels et des stries apparaissent.
Seconde étude, publiée en 2024 (étude B) : dérouillage d'acier 20 avec un spot de 0,05 mm à 60 kHz.[8] À 1,42 et 2,84 J/cm², la couche de rouille n'est pas entièrement retirée. À 4,26 J/cm² avec 75 % de recouvrement, elle part complètement sans endommager le substrat, et la résistance à la corrosion s'en trouve même améliorée. À 5,68 J/cm², la rouille part mais le substrat est abîmé.
Deux couches différentes, deux substrats différents, deux régimes très éloignés, et le même comportement : trop peu ne retire pas, trop abîme. Il existe une fenêtre, pas une échelle où plus serait toujours mieux.
Maintenant, mettons les deux montages côte à côte.
| Étude A, peinture d'avion | Étude B, rouille sur acier | |
|---|---|---|
| Puissance moyenne | ≈ 4 W | ≈ 5 W |
| Énergie par impulsion | 20 mJ | ≈ 0,084 mJ |
| Diamètre publié | 4,5 mm (faisceau) | 0,05 mm (spot) |
| Fréquence de répétition | 200 Hz | 60 000 Hz |
| Résultat | couche retirée sans dommage | couche retirée sans dommage |
Deux installations de puissance moyenne voisine. Des énergies par impulsion séparées d'un facteur d'environ 240. Toutes deux efficaces sur leur couche. L'énergie par impulsion, seule, ne prédit donc pas le résultat : la taille du spot et la fluence entrent en jeu, et chaque montage a sa propre fenêtre.
La puissance moyenne de l'étude A est calculée à partir de l'énergie et de la fréquence publiées. L'énergie par impulsion de l'étude B est dérivée de la densité d'énergie, du diamètre de spot et de la fréquence publiés par les auteurs, qui ne donnent pas cette valeur directement. L'étude A indique le diamètre du faisceau, pas celui du spot sur la pièce. Ces chiffres appartiennent à ces deux montages et ne se transposent ni de l'un à l'autre, ni à une machine du commerce.
La question de savoir dans quelles conditions un métal ressort intact d'un nettoyage laser mérite un traitement à part, qui fait l'objet d'un guide dédié.
Millijoules et productivité
Une autre déduction paraît naturelle et ne tient pas : davantage d'énergie par impulsion signifierait un nettoyage plus rapide.
Aucune des sources consultées n'établit cette relation. Ce qui est documenté porte sur un autre levier : le nombre de passages. Une étude comparant des sources milliseconde et nanoseconde sur peinture d'alliage d'aluminium note que plusieurs passages avec une source nanoseconde de 300 W retirent des couches plus épaisses en abîmant moins le substrat, mais avec une efficacité de nettoyage fortement réduite.[9]
Le débit réel dépend de la puissance moyenne, de la fréquence, de la largeur de balayage, de la vitesse du scanner, du recouvrement, du nombre de passages, de la nature et de l'épaisseur de la couche, du substrat et du résultat attendu. L'énergie par impulsion n'est qu'un terme de cette liste.
La même prudence vaut pour la précision. Il serait commode d'écrire qu'une faible énergie par impulsion signifie un travail délicat et qu'une forte énergie signifie un travail agressif. C'est une simplification que rien ne soutient : la durée d'impulsion, le spot, la fluence et la stratégie de balayage pèsent tout autant.
Comment lire la ligne « énergie par impulsion » d'une fiche technique
Quatre réflexes évitent la plupart des erreurs d'interprétation.
- Chercher si c'est un maximum. Une fiche qui annonce une seule valeur annonce presque toujours un plafond de source, pas une valeur disponible à tous les réglages.
- Chercher la fréquence associée. Sans elle, la valeur est incomplète. Une énergie maximale n'a de sens que rapportée au point de fonctionnement où elle est atteinte.
- Chercher la durée d'impulsion. Deux sources de même énergie et de durées différentes n'atteignent pas la même puissance crête.
- Chercher ce qui manque. Le diamètre de spot focalisé est presque toujours absent. Sans lui, aucune fluence n'est calculable, et sans fluence, aucune prédiction d'interaction.
Les formulations rencontrées ne sont pas équivalentes
Les fiches emploient plusieurs libellés, et ils ne recouvrent pas tous la même chose. Pulse Energy peut désigner une valeur nominale comme un maximum. Maximum Pulse Energy et Max. Pulse Energy annoncent explicitement un plafond. Single Pulse Energy insiste sur le fait qu'il s'agit d'un tir isolé, ce qui est utile mais ne dit toujours rien du réglage. Et une formulation du type Pulse Energy @ … précise enfin la condition, ce qui en fait la plus exploitable des quatre.
Aucune convention n'est partagée par tous les fabricants. Devant deux fiches de constructeurs différents, la prudence consiste à considérer que les deux libellés ne désignent pas forcément la même grandeur tant que la condition n'est pas explicitée.
Comment comparer deux sources correctement
Ce guide ne propose volontairement pas de tableau comparatif de machines. La raison est simple : les valeurs publiées par les fabricants ne relèvent pas toutes de la même définition, et aligner dans un même tableau un maximum constructeur, une valeur nominale et une énergie calculée produirait une comparaison fausse sous une apparence rigoureuse.
Une méthode se transporte mieux qu'un tableau.
- Relever la puissance moyenne, en vérifiant s'il s'agit d'un maximum ou d'une valeur nominale.
- Relever la plage de fréquence, bornes comprises.
- Relever l'énergie par impulsion, et surtout la nature de la valeur : maximum, nominale, ou mesurée à une fréquence donnée.
- Relever la plage de largeur d'impulsion, qui conditionne la puissance crête.
- Vérifier ce qui est réellement combinable. Les maximums d'une fiche ne sont pas simultanés : le produit de l'énergie par la fréquence reste borné par la puissance moyenne.
- Chercher l'optique et le spot. À défaut, noter que la fluence restera inconnue des deux côtés.
- Rapporter le tout à l'application, c'est-à-dire au couple couche et support, au résultat attendu et à sa vérification.
Si l'une de ces sept lignes manque sur l'une des deux fiches, la comparaison est partielle, et il vaut mieux le dire que de la présenter comme complète.
Quand la comparaison n'est pas possible
Il arrive que deux fiches soient trop hétérogènes pour être mises côte à côte. L'une annonce un maximum, l'autre une valeur nominale ; l'une précise la fréquence associée, l'autre non ; l'une donne la plage de durée, l'autre se tait. Dans ce cas, aucune mise en forme ne rattrape le problème.
La réponse honnête consiste alors à demander les informations manquantes au fournisseur, plutôt qu'à comparer ce qui ne se compare pas. Une question précise, du type « à quelle fréquence cette énergie maximale est-elle atteinte », vaut mieux qu'un tableau bien présenté et faux.
Et pour un laser continu ?
La question ne se pose pas. Un laser à faisceau continu n'émet pas d'impulsions, donc il n'a pas d'énergie par impulsion.
Ce n'est pas une déduction mais un constat documentaire : la documentation des gammes continues que nous avons dépouillées, de 1500 à 6000 W, ne mentionne ni énergie par impulsion, ni largeur d'impulsion, ni fréquence de répétition. Elle donne une puissance, une longueur d'onde, des optiques et une largeur de balayage. Tout le raisonnement de ce guide sort donc du périmètre des machines continues.
Ce qu'il faut retenir
- Le watt et le millijoule ne mesurent pas la même chose. L'un est un débit d'énergie, l'autre une quantité. Une fiche qui n'affiche que des watts décrit une source pulsée de façon incomplète.
- L'énergie par impulsion se calcule en divisant la puissance moyenne par la fréquence, à condition que l'émission entre les impulsions soit négligeable.
- Une énergie maximale n'est pas une valeur disponible à tous les réglages. Sans la fréquence à laquelle elle est atteinte, elle reste incomplète.
- Deux nettoyeurs de 300 W peuvent plafonner à 5 ou 15 mJ, avec la même architecture, la même plage de durée d'impulsion et la même plage de fréquence. Et deux machines de 500 W peuvent partager puissance et énergie tout en restant très différentes.
- Plus de millijoules n'est pas mieux. Deux études montrent une fenêtre utile : en dessous la couche reste, au-dessus le substrat trinque. Ce qui décide vraiment, c'est la fluence, donc le spot autant que l'énergie.
Sources et références
- [1] Paschotta, R. — Pulse Energy. RP Photonics Encyclopedia. rp-photonics.com/pulse_energy.html, DOI 10.61835/40a
- [2] JPT Opto-Electronics — CL2 Air-Cooled Fiber Laser, fiche de la série (variantes 300 W : YDFLP-CL2-300-5-A, 5 mJ ; YDFLP-CL2-300-10-A, 15 mJ). Page JPT CL2
- [3] Alpina Laser — fiche produit Nettoyeur laser pulsé 300W (source JPT MOPA, 5,0 mJ par impulsion), alpinalaser.com, consultée le 22 octobre 2026.
- [4] Alpina Laser — fiche produit Machine laser pulsé 3-en-1 nettoyage, marquage et découpe – 300W (source JPT, 15 mJ par impulsion), alpinalaser.com, consultée le 22 octobre 2026.
- [5] Paschotta, R. — Peak Power. RP Photonics Encyclopedia. rp-photonics.com/peak_power.html, DOI 10.61835/eco
- [6] Paschotta, R. — Fluence. RP Photonics Encyclopedia. rp-photonics.com/fluence.html, DOI 10.61835/j0u
- [7] Zhang, H.-X., Hou, Y.-C., Li, Y.-F., Yang, Y.-F., Li, K., Yue, J.-F., Jia, M.-Y., Han, Y.-T., Yu, Y., Wang, G., Hou, S.-P., Wang, Y.-L. & Lu, Z.-W. — Surface quality study of paint stripping on aircraft skins with high energy nanosecond pulsed laser cleaning. Frontiers in Physics, 13, 1505581, 2025. DOI 10.3389/fphy.2025.1505581
- [8] He, C., Yang, C., Yang, H., Wang, J., Liu, J., Deng, L., Fang, L. & Li, C. — Effect of Different Laser Parameters on Surface Physical Characteristics and Corrosion Resistance of 20 Steel in Laser Cleaning. Applied Sciences, 14(5), 2058, 2024. DOI 10.3390/app14052058
- [9] Bi, S., Lei, Z. & Feng, J. — Comparison and Improvement of Millisecond Pulsed Laser and Nanosecond Pulsed Laser for Cleaning to Remove Paint Coating from Aluminum Alloy Surface. Journal of Materials Engineering and Performance, 33(12), 5765-5775, 2024. DOI 10.1007/s11665-023-08344-z Publié en ligne en 2023.
Lectures complémentaires
- Li, J., Yang, J., Liu, J., Chen, H., Duan, Y. & Pan, X. — Research on Laser Cleaning Technology for Aircraft Skin Surface Paint Layer. Materials, 17(10), 2414, 2024. DOI 10.3390/ma17102414 Décapage de peinture sur alliage 2024 : densité de puissance, vitesse de balayage, recouvrement.
Rédigé par l'équipe technique Alpina Laser.



